Gérard Barray, un passionné de jazz...

Louis Armstrong et Gérard Barray

Gérard a donc douze ans (en pleine guerre) quand il découvre, grâce à un grand, “Vidian” qui lui avait prêté un phono (dont il fallait actionner une manivelle) et des disques (78 tours bien sûr) cette « belle musique originale, si différente de toutes celles que j’avais entendues jusque là ! C’est ainsi que pour la première fois j’entendis la trompette et la voix rocailleuse de Louis Armstrong. Il m’arrive encore maintenant, soit 60 et quelques années après, de fredonner les deux thèmes de Louis, de la première à la dernière note (Basing street blues dont vous entendez un extrait en fond sonore… et Some sweet day) ».

Les autres disques généreusement prêtés révélaient, au gamin qu’il était, Django Reinhardt, le swing du « Jazz de Paris », ainsi qu'un saxophoniste français, Alix Combelle.

Sa “Mémère” (une grand-mère très compréhensive) et sa gouvernante, “Madame Elise», en prennent plein les oreilles: « Elles ignorent qu’elles sont en train de vivre des jours de grande quiétude par rapport au moment où, pianiste débutant, je m’entraînerai à jouer le boogie-woogie. »

C’est la rentrée des classes. Gérard demande à apprendre à jouer du piano. Une cousine de sa maman, qu’il appelle “Maloute”, lui donne ses premières leçons. Faut dire qu'elle est professeur de chant et de piano !

Arrivant parfois à ses cours avec un peu d'avance, il assiste à des répétitions d’élèves qui se risquent à chanter de grands airs d’opéra. Il n’est pas séduit par l’art lyrique: « Je n’aime que les voix naturelles ». Amstrong déjà cité, Ella Fitzgerald, Ray Charles, mais aussi Mercedes Sosa ou Camaron de la Isla, un superbe chanteur de flamenco ! 

Guy Laffite au saxo
et Gérard Barray au piano

Gérard Barray: « J’étais de très loin, plus jeune que les amis d’Hugues et j’eus la chance de m’enrichir au contact de ceux que j’appelais “la vieille garde” ! C’est ainsi que, tous les jours vers 17 heures, Hugues invitait ses amis à venir chez lui écouter et commenter les disques de jazz des plus grands musiciens ». Comme on s’en doute, il se composera ainsi une solide culture de Jazzman et qu’il gardera toute sa vie.

Etudiant à Toulouse, c’est en “faisant un boeuf” à la Tournerie des drogueurs chez Jean Lannelongue, que Charles Barrié, à la tête d’un orchestre New-Orléans lui propose de prendre la place laissée vacante par son pianiste aspirant à pratiquer son “véritable” métier, la médecine.

Plus tard, une fois dans la capitale, il fréquentera le Kentucky Club, tandis que Claude Luter fait un tabac au Lorientais… Au Kentucky, il remplace pendant plusieurs mois le pianiste Jean-Pierre Suc (futur duettiste avec Henri Serre) dans l’orchestre dirigé par Gaston Balenglow, joueur de trombone talentueux. « C’est là que Maxime Saury et Michel Devilliers venaient parfois, dans la boîte où ils jouaient, se joindre à notre orchestre après le boulot ».

Gérard repense à ses débuts sur le clavier noir et blanc: « Pendant deux ans, je suivrai les conseils éclairés de Maloute, j’apprendrai le solfège et massacrerai allègrement la Marche Turque de Mozart ».

Mais il trépigne d’impatience … Ce qu’il veut jouer, c’est du jazz ! Ses idoles sont alors James P. Johnson et Fats Waller

Dès la fin de la guerre, pendant l’hiver, il est sollicité par des copains, les frères Boué, respectivement saxophoniste et violoniste, pour se joindre à leur orchestre comme pianiste. Il les accompagne donc pour jouer dans des bals à Moissac, Castelsarrazin ou Caussade… Bien sûr il joue des tangos, des pasos, des valses, mais aussi des airs d’outre-atlantique comme le célèbre In the mood où il peut swinguer.

Un ami du lycée, Henri Soulié, (qui avait essayé sans succès de l’enrôler dans les louveteaux), lui confie qu'il est également un fou de jazz: « Entre lui et moi naquit une amitié qui ne devait s’éteindre qu’avec lui »

C'est  avec le même Henri Soulié (à la batterie), auquel vinrent s'ajouter André Serres à la guitare et Eric Bouët à la clarinette, qu'il formera le Quartet du Hot Club de Montauban.

Henri Soulié connaissait personnellement Hugues Panassié, qui vivait au 65, Faubourg du Moustier, à Montauban, «une adresse que tous les amateurs de jazz du monde entier savent être celle de celui que l’on appelait “le pape du jazz” ». Henri fait les présentations: « Là aussi débuta une longue amitié entre le gamin que j’étais et un homme que j’admirais et respectais ».

Mais qui était donc ce pape du jazz ? 

Hugues Panassié (né à Paris 1912- décédé à Montauban 1974) – s’installe à Montauban en 1941. Sa maison, au 65 faubourg du Moustier, est mondialement connue.

Critique, écrivain, essayiste, polémiste, découvreur de talents et amateur de rugby, il co-fonde, avec Stéphane Grappelli et Django Reinhardt, en 1932 le Hot Club de France pour défendre et promouvoir la véritable musique de jazz. Il nomme son ami Louis Amstrong - qu’il surnommait Pops - président d’honneur.

Son premier livre « Le jazz Hot » paraît en 1934. Il ne cessera de défendre le jazz pur, prenant une position tranchée quant au be bop (auquel il reproche de manquer de swing). Cette position lui vaudra, bien sûr des détracteurs.

Il écrira de nombreux livres et dictionnaires et, dans le monde du jazz, constitue encore une référence. Montauban honore sa mémoire par un festival de jazz (fondé par sa collaboratrice et compagne Madeleine Gauthier en 1982) et a donné son nom à une école et à une rue.

Il repose pour toujours à Montauban mais sa bibliothèque et sa discothèque ont été rachetées par la ville où il a passé son enfance, Villefranche-de-Rouergue.

Gérard orientera ensuite sa carrière vers le théâtre, le cabaret, le cinéma, mais il éprouvera toujours ce penchant pour le jazz.

Et c’est avec un immense plaisir, alors que sa carrière au cinéma est déjà bien entamée, que, se trouvant de passage à Montauban, il ira faire un “boeuf” au Bal-du-Bac avec Guy Lafitte, « le meilleur saxo-ténor français de jazz, à mon avis ».

 

 

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