LA MASCARA DE SCARAMOUCHE

(Scaramouche)

d'Antonio Isasi Isasmendi (1963)

 

 

Espagne, France, Italie, 1963, 95 minutes, couleurs

REALISATION : Antonio Isasi Isasmendi.

SCENARIO, DIALOGUE : Arturo Rigel, Antonio Isasi Isasmendi, Jacques Robert, Guido Malatesta.

IMAGE : Alejandro Ulloa.

MUSIQUE : Gregorio Garcia Segura.

CHANSON : "Les Comédiens", de Charles Aznavour, Interprétée par Jacqueline François.

MONTAGE : Petra De Niva.

DIRECTION ARTISTIQUE : Enrique Alarcon.

DECORS : Francisco R. Asensio.

COSTUMES : Humberto Cornejo.

EFF-SPECIAUX : Antonio Luna (maquettes), Claude Carliez (combats).

COIFFURES : Josefa Rubio.

AST-REALISATEUR : Ricardo Munoz Suay.

DIR-PRODUCTION : Miguel Tudela., Juan Campos.

REGIE : Felix Moreno.

PRODUCTION : Benito Perojo, Fides, Capitole Films, CCM.

LIEUX de TOURNAGE : Château de Chenonceau, cathédrale de Burgos.

 

INTERPRETES :

Gérard BARRAY .................... Robert Lafleur, Scaramouche / Dr Denance

Michèle GIRARDON ................................................................................. Diane

Gianna Maria CANALE ....................................................................... Suzanne

Yvette LEBON ..................................................................... Mme.de Popignan

Gonzales CANAS ...................................................................................... Pietro

Alberto de MENDOZA ....................................................... marquis de la Tour

José BRUGUERA ............................................................ marquis de Souchil

Georges RIGAUD ................................................................ Maréchal Lacoste

Antonio GRADOLI ........................................................................ abbé Vincent

Iran EORY  ........................................................................................ Jacqueline

Helga LINE .............................................................................................. Yvonne

Rafael DURAN ................................................................................ Mr Duvallon

  ...et Andres MEJUTO, Iran EORY, Rafael DURAN, José BRUGUERA, Fernando MONTES, Xan Das BOLAS, Alvaro De LUNA, Santiago ONTANON, Gustavo RE, Angel ALVAREZ, José LEAL.

 

SUJET : Le Marquis de Souchil (José Bruguera) est de retour de ses terres d’Amériques pour le plus grand plaisir de sa filleule, la ravissante Diane (Michèle Girardon). Mais, s’il rentre en France, c’est qu’il est détenteur d’un terrible secret qui pourrait causer bien du tort au Marquis de Latour (Alberto de Mendoza).
  Avant de faire éclater la vérité au grand jour, Souchil mène son enquête pour vérifier et comprendre ce qui se passa une certaine nuit, près de trente ans plus tôt, sur le domaine du Duc de Froissard.
  Mais à l’aube d’un matin froid, Souchil est retrouvé assassiné non loin du campement d’une troupe de saltimbanques, celle de Scaramouche. Robert Lafleur (Gérard Barray), le comédien qui, sur scène, se grime pour prendre les traits de l’espiègle Scaramouche, est précisément l’une des personnes à laquelle s’intéressait le Marquis de Souchil, lors de ses dernières investigations.
  Pour Lacoste (George Rigaud), ministre de la justice du Roi, il s’agit là d’un coupable tout indiqué : un comédien ! Un personnage bien douteux… Mais voilà, Scaramouche ne compte pas se laisser faire; c’est l’occasion pour lui de connaître le secret de sa naissance et, avec l’aide de ses compagnons de route et du fidèle Pierrot, il ne va pas tarder à croiser le chemin de feu le Duc de Froissard…
  L’imbroglio finira par se démêler. Robert Lafleur est le fils naturel du Duc de Froissard. A la naissance il fut échangé avec un autre nouveau né, devenu plus tard le Marquis de Latour. Mais les usurpateurs sont finalement démasqués, et Robert Lafleur au terme d’un duel acharné, rend justice en tuant le Marquis.

  Désormais, plus rien ne l’empêche d’être heureux avec Diane

 

COMMENTAIRES : Il ne faut point avoir froid aux yeux, en 1963, pour se lancer dans une nouvelle version de Scaramouche. En effet, dix ans plus tôt, George Sidney a mis en scène pour la Métro Goldwyn Mayer ce que beaucoup d’observateurs considèrent comme étant le chef d’œuvre du genre : Scaramouche avec Stewart Granger, fameux bretteur du cinéma américain.

  Malgré ce précédent qui reste dans toutes les mémoires, Antonio Isasi Isasmendi relève le défi, et force est de constater qu’il n’a point à rougir du résultat, même si les moyens qui lui étaient alloués furent sans commune mesure avec ceux dont disposait le studio au Lion.
 
  La force du film de ce réalisateur espagnol, c’est tout d’abord qu’il ne s’agit pas d’un remake de la version de Sidney. Le scénario du film d’Isasmendi s’inspire aussi du roman de Sabattini, mais avec plus de libertés et de légèreté. La situation n’est plus celle de la révolution française, nous sommes au début du XVIIIème et la trame autour du combat que mène Marcus Brutus pour son manifeste « liberté, égalité, fraternité » disparaît au profit d’un récit qui se concentre sur l’histoire de famille. André Moreau devient, sous les traits de Gérard Barray : Robert Lafleur (mais garde des costumes aussi psychédéliques que ceux de Stewart Granger…).

  Le film démarre sur une première réussite, l’emploi, pour le générique, de la fameuse chanson d’Aznavour : les comédiens. Cet air plein d’entrain emballe le rythme d’entrée de jeu, et le rappel régulier du thème musical tout au long du film participe avec un réel succès à l’allégresse de la réalisation et de la mise en scène. Les paroles complètent l’atmosphère de comedia dell arte qui enveloppe la troupe de Scaramouche.

  Le carnaval qui ouvre le film impose un choix très clair : les couleurs seront à la fête. “Chatoyant” résume à merveille le parti pris par la photo. Le carnaval est chatoyant, la troupe de Scaramouche est chatoyante, les combats sont chatoyants. A cet égard, l’emploi de la couleur est une réussite totale, de même que celle du Scope.

  Gérard Barraya récupéré le rôle suite à un projet qui ne se monta pas mais pour lequel des engagements avaient été pris, Le chevalier Bayard. Le producteur, Nat Wachsberger, pour ne pas avoir à le payer en dédit, considérant qu’il camperait à merveille son Scaramouche, lui propose donc ce nouveau film. Il ne va pas le regretter et déclare à l’époque du tournage, dans Cinémonde du 30 juillet 63 que c’est là son rôle préféré :

"Je viens d’achever mon huitième film : Scaramouche. C’est mon préféré. C’est un rôle de fantaisie. Or en général, comme j’ai la gueule un peu triste, on a plus tendance à me distribuer dans des emplois romantiques que fantaisistes ! Avec du recul, bien des années plus tard, Barray maintiendra son jugement : Sur le plan de l’interprétation, c’est vers Scaramouche que va ma préférence, à cause du double rôle que j’y joue [Scaramouche et le Dr Denance], ce qui est une expérience toujours intéressante pour un comédien". 

  Cette fantaisie, la critique va la souligner, reconnaissant un air des plus gais au film, comme N.Zand, dans Le Monde :

"Scaramouche, au moins, c’est frais, léger, animé, remuant même, coloré. On ne risque pas de s’endormir à suivre les aventures de Gérard Barray"… 
  Interviewé sur le plateau du tournage par Cinémonde Barray racontait :
Le film fut tourné avec un entrain trépidant et une continuelle belle humeur. Le charme de mes partenaires à lui seul, il est vrai, suffisait à me rendre optimiste. S’il est agréable, malgré quelques risques, de jouer les casse-cou pour les spectateurs, quand on a ça dans le sang, ça l’est d’avantage encore de le faire devant d’adorables partenaires. "

Comme souvent sur les tournages des films de cape et d’épée de l’époque, la bonne humeur règne sur le plateau. Cinémonde raconte d’ailleurs à la sortie du film une scène s’étant déroulée sur le tournage, pour l’anniversaire de Gérard Barray :

"Il y eut sur le plateau de Scaramouche, une amusante cérémonie pour l’anniversaire de Gérard. Michèle Girardon, Gianna Maria Canale, et Yvette Lebon, ayant appris qu’il raffole des mangues, lui offrirent une corbeille, sur un lit de camélias, (sa fleur préférée). Pour les remercier, Gérard, qui fut et est resté un excellent pianiste de jazz, leur joua du Duke Ellington, et du Louis Armstrong…sur un clavecin doré datant de 1630, époque où se situe Scaramouche [ndlr : le film se déroule en fait en 1730, d’après le manuel d’exploitation ]. Gérard en rit encore : ça devait faire plutôt insolite ! Nous dit Gérard, d’autant que j’avais gardé mes bottes, mon chapeau de commedia dell’arte et mon épée au côté. Puis, je pourfendais le thorax de ce sacripant de La Tour ! "

  Barray se dépense généreusement dans Scaramouche, tout autant et même plus que dans ses productions historiques précédentes. Le matériel publicitaire du film, ne va pas manquer de le souligner. Ainsi on lit dans les pavés presse, sur la devanture des cinémas : Après D’Artagnan, après Pardaillan, Gérard Barray triomphe dans son nouveau film. Barray aussi réalise certaines cascades sans doublure. Si la presse vanta souvent les mérites de Jean Marais et Belmondo à ce sujet, elle parla plus rarement des cascades de Barray. Ainsi la scène au cours de laquelle Robert Lafleur se projette sur le lustre de la salle de bal, n’est en rien truquée. Comme le dit Barray : "Si le lampadaire , dans un balancement déviant, s ’était décroché, je n’aurais eu que les figurants pour amortir ma chute !…" 

  Le casting international de cette co-production Franco-Italo-Espagnole permet à certains comédiens de bien tirer leur épingle du jeu. L’acteur Espagnol Alberto de Mendoza, que l’on reverra dans La folie des grandeurs, campe un usurpateur dépité par la maladresse de son père et des gens qui l’entourent, et qui l’amènera à sa perte. A noter côté ibérique également, l’interprétation sympathique et dynamique de Gonzalo Canas, qui joue Pierrot l’ami de Robert Lafleur.
  L’Italie nous offre la sculpturale Gianna Maria Canale, déjà vue dans le Chevalier de Pardaillan, et que les colères provoquées par Robert Lafleur rendent irrésistible. Sa filmo, est à cette époque déjà riche, mais malgré son jeune âge, il s’agit là de l’un de ses derniers rôles.
Enfin la France, outre notre Gérard Barray national, présente Yvette Lebon vue dans Mylady et les mousquetaires à la fin des années 40, et Michèle Girardonqui deviendra l’un des personnages du feuilleton télévisé Les chevaliers du ciel.

  Quant au rôle de Mme de Popignan, il fut tenu par Yvette Le Bon, choisie par le producteur pour la version internationale, et par Helga Liné, choisie par le metteur en scène pour la version espagnole, Gérard ayant dû tourner les scènes deux fois.

  Le film marque le début d’une longue amitié entre le réalisateur Isasmendi et Gérard Barray. Ensemble il co-produiront notamment Summertime killer au début des années 70. Aujourd’hui encore les deux hommes sont restés très liés. C’est ainsi que Gérard Barray a recueilli pour le compte de l’auteur du présent article les propos qui suivent :

L’auteur : Monsieur Isasmendi, était-ce pour vous un challenge de faire un nouveau Scaramouche après celui de Sidney en 1952 ?
A.I.Isasmendi : Bien sûr ! Après le merveilleux film de Georges Sidney, et ne disposant que d’un tout petit budget, je prenais un grand risque : celui de faire un flop et de tomber dans le plus grand des ridicules.
L’auteur : Etes vous à l’origine du projet ou est-ce un projet « de commande ?
A.I.Isasmendi : L’idée est venue du coproducteur français Nat Wachsberger.
L’auteur : Quel souvenir gardez-vous de ce tournage ?
A.I.Isasmendi : Excellent souvenir, particulièrement parce qu’il a vu naître une très grande amitié, qui dure encore aujourd’hui, entre Gérard et moi.

  Joli plébiscite pour ce film franco-hispano-italien" puisque rien que pour la France: 1 554 784 personnes auront applaudi aux  exploits du sympathique Scaramouche

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(Ed.1.1: 19-3-2008)

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