En voiture !

 

 

 

Prologue …

Publicité russe !
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Si le regard reflète l'âme, le rétroviseur de la voiture reflète l'état du compte en banque de son propriétaire : petit compte en banque, petite bagnole; gros compte en banque, grosse bagnole, c'est comme ça !

Voilà pour la généralité.

On peut voir des tas de choses, en observant une voiture. Par exemple, la profession du propriétaire : voitures mortuaires, camionnettes de plombiers, de maraîchers, de maçons, limousines de P.D.G. ou de starlettes de ciné débarquant sur la Croisette, à Cannes (voitures de location, dans ce cas) voitures de ministres (noires, avec cocardes), d'immigrés (genre “tas de ferraille”) voitures “ramasse-minettes” (rouges, de préférence, de marque “Ferrari” si possible), 4x4 des gens qui vivent à la campagne, ou en montagne, ou alors de certains snobinards, etc, etc.

J'ai eu dans ma vie, une vingtaine de voitures, de toutes marques et de toutes couleurs, qui n'ont pas échappé à la “loi du portefeuille”. Modestes et de petites cylindrées dans ma jeunesse, spectaculaires et puissantes aux heures de gloire. Les marques les plus diverses se sont succédé : de la 4CV Renault qui fut ma première voiture à la Saab qui sera peut-être la dernière, on compte des Simca, Peugeot, MG, Alfa Roméo, Ford Mustang, Mercedes, une LADA Niva (oui, petit père, c'est vrai) Fiat, Morris et j'en oublie …

Une anecdote …

Lorsque j'ai été engagé pour le rôle de D'Artagnan dans “Les Trois Mousquetaires”, je roulais dans une petite Fiat 500 ( la “Topolino”) qui me parut ne pas répondre à mon nouveau statut “d'acteur principal”. Il fallait donc que je trouve une “occasion” qui me semblerait plus appropriée à transporter un individu dont l'autoestime était tout à coup montée à un niveau maximum. Un soir où je déambulais rue Saint Benoît, à Saint Germain des Prés, je tombai en arrêt devant un cabriolet Peugeot vert métallisé. Superbe. A l'intérieur de la voiture, un carton indiquait “A VENDRE”. Un grand type s'approcha de moi, accompagné d'une jolie blonde, et me dit :

- Elle vous intéresse?
J'hésitai un instant, ne sachant pas s'il s'agissait de la voiture ou de la blonde.
- Elle est impeccable, vous savez, insista le type.
- Oui, dis-je en regardant alternativement la fille et la voiture, ne sachant toujours pas de laquelle il parlait.
- Et elle a très peu roulé …
Là, je compris qu'il s'agissait de la voiture.
- Oui, elle m'intéresse …
- Rendez-vous demain après-midi, à 5 heures, chez moi, à telle adresse …

Le lendemain, à 17 heures précises, je me présentai au domicile du grand type. C'est la jolie blonde qui m'ouvrit.

- Bonjour, votre mari est là?
- Non, il a dû s'absenter, mais entrez donc, je vais m'occuper de vous.
_ …?

Elle s'occupa très bien de moi. Elle réussit facilement à me convaincre de ce que la voiture était parfaite, qu'il était inutile de l'essayer, que je n'avais qu'à signer le chèque. Ce que je fis.

Elle était pourrie (la voiture, pas la fille, je m'en serais rendu compte!). Enfin, le moteur était pourri. Il eut pourtant la bonté de tenir le coup jusqu'à la fin du film. Là, grâce à la générosité du producteur, Raymond Borderie, qui, content de mon travail, m'avait donné (en dehors de mon cachet) une substantielle gratification, j'achetai une ravissante MG 1600 décapotable elle aussi, extérieur noir, intérieur cuir rouge, très adaptée à ma nouvelle promotion. Le garagiste qui me la vendit m'ayant fait une “reprise” sur la Peugeot, j'utilisai celle-ci pour me rendre au garage, accompagné d'un ami, prendre livraison de ma nouvelle voiture. Pendant le trajet, le moteur rendit l'âme… Nous dûmes pousser la défunte Peugeot jusqu'au garage !

Ah, chères, très chères voitures dont nous tombons follement amoureux, et que nous abandonnons sans le moindre regret pour courir de nouvelles aventures, si possible à 200 à l'heure, c'est vous qui, parfois, par un triste coup du sort, vous voyez obligées de nous laisser tomber !

Epilogue

… délaissant le cheval pour la Mustang !
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Lorsque je décidai de coproduire avec un de mes amis espagnols le film “Week-end pour Elena” dont j'étais l'acteur principal, un directeur de banque, grâce à l'intervention d'un ami avocat, me prêta, pour mettre en route ma société, une somme d'argent que je m'engageai à rembourser sur un an. Un ami (tiens, celui qui m'avait aidé à pousser la Peugeot) m'avait dit à l'époque que si j'avais besoin d'un “coup de main”, je pouvais compter sur lui.

Ayant du mal à réunir la somme qui couvrait la dernière traite, je lui passai un coup de fil pour lui rappeler sa promesse. Il était en réunion et me fit promettre par son assistant de me rappeler au plus vite … Trente ans après, j'attends encore son appel !

Adieu, chère Mercedes Benz, ! Je dus , le coeur brisé, me séparer de toi. Je rachetai une Fiat 500 (“Topolino”) identique à celle de mes débuts. Etrange, la vie, non ?

Aujourd'hui, je roule dans la Saab 9000 turbo dont je disais qu'elle serait sans doute ma dernière voiture. Tout bien pesé, je décide que non!, qu'elle ne sera pas la dernière , elle est peut-être très costaud, d'accord, mais j'ai encore, j'en suis sûr, de nombreuses années devant moi !

Son histoire est la suivante: elle appartenait à mon ami le grand écrivain Frédéric Dard (créateur du célèbre commissaire “San Antonio” que j'ai interprété deux fois à l'écran), mort il y a un peu plus de neuf ans et que je pleure encore. Au cours d'un dîner à Marbella où il possédait plusieurs appartements, il me dit son intention de changer de voiture. On lui faisait une reprise sur la Saab blanche. Je lui dis que la voiture m'intéressait et lui en demandai le prix. Il me l'indiqua en ajoutant:” Bien sûr, pour toi, ce sera moins cher”. Me regardant tout à coup en souriant comme pour effacer ce qu'il venait de me dire, il ajouta:” Je suis con, je te l'offre!” Ainsi, aujourd'hui, je roule dans la voiture de l'amitié !

Finalement, je la garderai sans doute jusqu'à la fin… La sienne ou la mienne, peu importe.

Gérard Barray