Teresa Lorca, danseuse sévillane ...

 

 

 

Teresa ...

Teresa, enfant

Le 25 Mai 1943 naquit, à Séville, dans le quartier du "Porvenir", Teresa de Jesus del Santo Escobar. Sa grand-mère, Doña Rosario, fille d´un juge de paix, avait rêvé d´être chanteuse professionnelle. Elle avait une si jolie voix que, lorsque le roi Alphonse XIII était de passage à Seville, on allait la chercher pour qu´elle lui chante, de sa belle voix douce et colorée quelque “colombiana” ou quelque “habanera”.

Mais le juge était ferme: il n´y aurait pas de saltimbanque dans sa famille. Ce 25 Mai, la décision de Doña Rosario fut prise : le rêve qu´elle n´avait pu réaliser, elle le vivrait à travers sa petite fille qui elle, croix de bois, croix de fer, serait une artiste. La gamine avait 3 ans lorsqu´elle l´inscrivit à un groupe sévillan qui fut le berceau de nombreux artistes dont certains devinrent célèbres dans le monde entier: "Las Galas Juveniles". La petite Teresa manifesta des dons immédiats, aussi bien pour le chant que pour la danse. A 4 ans, elle se retrouva sur scène, chantant et dansant le "mambo" du film « Ana » qui avait fait le succès de Silvana Mangano.

Elle était “à croquer”. La grand-mère, suivant une vieille tradition toujours en vigueur, devint son chaperon, lui fit suivre des cours de chant, de danse classique espagnole ainsi que de flamenco dans les diverses “académies” de la ville. Lorsque Teresa atteint une dizaine d´années, et tout en tenant compte de ses études chez les carmélites (qui lui ont laissé un très mauvais souvenir), elle la fit entrer dans une compagnie qui envoyait ses artistes en herbe se produire dans les villages. "Ce n´est que sur les planches que l´on apprend bien son métier" disait-elle. Après le spectacle s´organisait une loterie dont le lot principal était une bouteille d´anis, l’argent récolté servant à rétribuer les “artistes”.

Le confort était rudimentaire : quelques heures de sommeil dans une grange, une toilette rapide à l´eau glacée de la fontaine et l´on repartait dans le minibus cahotant. Plus tard, ce fut une grande tournée à travers l´Espagne dans un théâtre ambulant célèbre à cette époque: "le Teatro Argentino". Teresa, sur scène, dansait, virevoltait, chantait les rengaines à la mode. Doña Rosario l´observait. Car elle était toujours là ! La gamine était mignonne, il n´était pas question qu´elle tombe entre des mains profanes ! Elle était d´ailleurs toujours là lorsque nous nous connûmes, à Berlin, sur le plateau des « Mercenaires du Rio Grande » mais là, malgré la surveillance de l´aïeule, Teresa trébucha... mais n´anticipons pas.

Après plusieurs saisons dans des cabarets-spectacles à Majorque et à Barcelone, Teresa retrouve Séville, sa ville chérie. Elle a décidé de se dédier uniquement à la danse flamenca. Elle s´inscrit à l´académie de Realitos puis à celle d´Enrique "el Cojo". Grâce au premier, elle domine les castagnettes et le “taconeo”. Le “boîteux” lui offrira des mouvements de bras sublimes. Elle est prête. 

Elle est engagée dans un “tablao flamenco” très en vogue à cette époque, "El Guajiro" qui fut le tremplin de beaucoup de danseuses de sa génération. Teresa est heureuse, elle a retrouvé sa ville, ses parents, elle peut enfin, sur son carnet d´artiste, avouer son âge (16 ans), le fameux carnet ayant été falsifié lorsqu´elle fit la tournée du "Teatro Argentino" alors qu´elle n´avait que 13 ans ! Epoque inoubliable pour Teresa: elle dort dans son lit tous les soirs, ou plutôt tous les matins, car, après le spectacle, les señoritos andalous - la jeunesse dorée - invitent les jeunes beautés qui forment le “cuadro flamenco” à se restaurer en leur compagnie. Pas d´affolement: les abuelas, les mères ou les tantes sont là, qui veillent ...

Un soir, se trouvent dans le public deux grands toreros, Gitanillo de Triano de Triana et Luis Miguel DominguinLuis Miguel Dominguin. Leurs regards se fixent sur Teresa, la plus jolie du groupe, sans doute, aussi, la plus gâtée par Terpsichore. Gitanillo est le gendre de Pastora ImperioPastora Imperio, la géniale danseuse gitane de flamenco qui possède, à Madrid, un tablao flamenco, "El Duende", où se retrouvent aussi bien l´intelligentsia de la ville que les célébrités de passage. Respectueux des coutumes, ils demandent, à la fin du spectacle, de parler à "la personne qui accompagne la jeune fille".

La grand-mère se présente. Ils lui proposent une audition devant Pastora, se chargeant des frais de voyage et de séjour. Le dernier mot prononcé, la grand-mère est déjà en train de faire les valises.

Teresa restera un an au "Duende", jusqu´au jour où elle reçoit la visite d´un producteur et d´un metteur en scène qui avaient en projet un nouveau remake de « La Revoltosa », célèbre “zarzuela” (opérette au thème typiquement espagnol) dont l´actrice Carmen Sevilla avait été la vedette dans la deuxième version et pour laquelle ils cherchaient une nouvelle interprète. S´étant assurés de ce que Teresa avait une très jolie voix, ils lui donnèrent un professeur de chant lyrique, le maestro Arnedillo. Et voilà notre Térésa en haut de l’affiche.

Son agent (désormais, elle en avait un, et des plus sérieux) décida de changer le nom de guerre dont un être particulièrement inspiré, depuis ses débuts sur les planches, l´avait affublée : Mari-Tere Sevilla (oui, vous avez bien lu, "Sevilla", comme l´actrice qui l´avait précédée dans le rôle!). Cet homme pensant que l´on se faisait plus facilement un nom s´il était déjà connu, la baptisa Teresa Lorca.

Le film ayant eu du succès, tous les patrons de “tablaos” lui proposèrent des contrats: c´est ainsi qu´elle Teresa Lorcadansa à "Las Brujas", à la "Parrilla del Rex", aux "Canasteros" de Manolo Caracol, etc...

Teresa soliste d'un cuadro flamenco

Teresa LorcaTeresa, qui est maintenant la soliste d´un cuadro flamenco, accepte un contrat pour la saison d´été à l´hôtel "Pez de Espada" de Torremolinos tous les soirs.

Arthur BraunerArthur Brauner, un producteur allemand, et sa famille se retrouvent à la boîte de l´hôtel, en fidèles admirateurs de Teresa et son groupe. Un soir, Brauner invite Teresa à sa table et lui propose de tourner à Berlin un film qu´il a en préparation et que va diriger Robert Siodmak. Le contrat est signé et... nous nous rencontrons, elle et moi sur un plateau de CCC Studio. Inattendu, un big bang se produit. Le monde est bouleversé, les projets de la grand-mère déjoués, mes plans de futur foulés aux pieds.

Quelques mois plus tard, nous nous marions, puis, une petite fille du nom de Marie se présente. Teresa décide d´abandonner un métier dont elle est un peu lasse (elle a commencé bien jeune, la pauvrette!). Et pourtant …

Et pourtant, je reçois un jour un coup de téléphone de Patricia Coquatrix : "Ecoute, Gérard, la vedette de notre prochain spectacle est Manitas de plata, épaulé par ses cousins, ‘Los Ballardos’, un contrat que nous avons signé il y a longtemps. Papa et Jean-Michel (Boris) trouvent que c´est un peu léger pour remplir L´Olympia pendant 3 semaines. Teresa ne pourrait pas recommencer à danser et nous donner un coup de main ?"

J´en parle à Teresa qui accepte. Nous trouvons un excellent guitariste au "Catalan" qui accepte de la faire répéter. Nous louons un studio chez Wacker. A Séville, Lina, la couturière de Teresa (qui lui fait des robes de scène sublimes depuis ses débuts et possède ses mesures) se met au travail. Son ancien agent lui fournit les chanteurs, guitaristes et danseuses qui vont former le “cuadro”...

Voici le spectacle, tel que Bruno CoquatrixBruno Coquatrix l’avait composé : en première partie, Teresa Lorca à l'OlympiaTeresa et son groupe alterneraient avec les Ballardos, la deuxième partie étant réservée à Manitas et Teresa à l'OlympiaManitas.

Arrive le soir de la première : chaque fois que les cousins de la vedette se produisent après Teresa et son groupe, ils se ramassent lamentablement. Le soir même, Bruno prend une décision : dès le lendemain, Teresa assurera la première partie du spectacle, donc la “vedette américaine”, les Ballardos se débrouillant en deuxième partie avec leur cousin.

Le succès de Teresa fut total, mais sa décision, ferme : ce spectacle avait été pour elle un plaisir immense. Il constituerait ses adieux à la scène. Cela ne pouvait mieux finir. J´allais oublier ! Lorsque Bruno Coquatrix, le lendemain, me remit le chèque couvrant les cachets de Teresa, je me rendis compte, à mon grand étonnement, que Bruno avait doublé la somme convenue...

Ceux qui me connaissent un peu savent que je n´ai jamais étalé ma vie de famille en public. Si j´ai fait une exception aujourd´hui, c´est tout simplement parce que j´avais envie de faire connaître la trajectoire professionnelle de celle qui partage ma vie depuis 43 ans.

Gérard Barray, le 7-4-2008
 

 

 

 

 

Sa famille ...

Teresa, enfant

Pour ne pas décevoir les amateurs, j´ajouterai que 6 ans après la naissance de Marie, nous est arrivé un petit Julien. Julien Barray et Marie BarrayTous deux nous ont offert un cadeau de choix : Marie, un petit garçon, Julie et AndrésAndrés, qui a aujourd´hui un peu plus de 16 ans ; Julien, une petite fille, Patricia, qui va vers ses 13 ans (comme on dit dans mon Sud-Ouest). Teresa et moi en sommes positivement fous.

Gérard Barray, le 7-4-2008
 
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